Les LIP, l'imagination au pouvoir

Bienvenue ! Ce site est tout d’abord conçu pour vous donner l’envie d’aller au cinéma, voir le film de Christian Rouaud « Les LIP, l’imagination au pouvoir », un documentaire, thriller, fresque historique qui raconte la grève ouvrière la plus emblématique de l’après 1968. Cette 1ère page met à votre disposition, au fur et à mesure de leur parution, les articles de presse, les émissions de radio et de télévision consacrés aux LIP et au film dont la sortie nationale est fixée au 21 mars 2007.
Pour bénéficier d’un meilleur confort de navigation et accéder facilement à toutes nos rubriques, nous vous conseillons de télécharger gratuitement Firefox et Quicktime 7.

L’équipe Pierre Grise Distribution


LIP, les médias | LIP dans les salles | Bande annonce | En savoir plus | | Contact |


ELLE / Françoise Delbecq
Lundi 19 Mars 2007

LIP ÊTAIT UNE FOIS…

Fabriquer les montres Lip, c’était un rêve d’ouvrier... Alors, quand, en juin 1973, on leur a annoncé la fermeture de leur usine, « les Lip » ont tout fait pour sauver leur emploi. Récit d’un conflit social transformé en utopie.

Depuis la fin du deuxième conflit Lip en 1983, Charles Piaget, délégué CFDT, ne porte plus de montre. « Tout un symbole pour moi. J’en avais assez d’être prisonnier de l’heure. Ma montre Lip, je l’ai donnée à mes enfants. J’ai un réveil, c’est tout ce qu’il me reste... » Jeannine Pierre-Emile, syndiquée CFDT aux grandes heures de Lip, renchérit : « Ça ne l’empêche pas d’être à l’heure à ses rendez-vous. Je vais vous confier un secret : il est toujours en avance ! » C’est vrai. Devant une brasserie face à la gare de Besançon, Charles Piaget est le premier à arriver, suivi de Jeannine Pierre-Emile, Fatima Demougeot et Raymond Burgy, les mousquetaires de l’épopée Lip qui a passionné les Français en 1973. Il y avait aussi Roland Vittot, Jean Raguenès, Michel Jeanningros, Noëlle Dartevelle... Pour son formidable et passionnant documentaire « Les Lip, l’imagination au pouvoir » (sortie en salles le 21 mars), Christian Rouaud est allé à la rencontre de ces « acteurs », les a écoutés évoquer leurs souvenirs de lutte pour défendre leur emploi. Avec eux, revenons sur quelques épisodes de la saga ouvrière la plus médiatisée de France. C’était il y a trente-quatre ans...

« Lip, c’est l’heure... » Demandez à vos parents, vos grands-parents, quelle est la famille française qui n’a pas eu sa montre Lip ? Pour une communion, un anniversaire, un Noël ? Même le général de Gaulle en avait une au poignet qui portait son nom et qu’il offrait à ses confrères présidents étrangers en visite à Paris... A Palente, banlieue de Besançon, tout le monde voulait travailler chez Lip, les ouvriers de Kelton Timex enviaient leurs avantages (échelle mobile des salaires, restaurant d’entreprise, absence de cadences infernales sur les chaînes de montage...). « On avait même l’air conditionné ! », précise Jeannine Pierre-Emile, O.S. à l’époque. « Travailler chez Lip, c’était prestigieux », ajoute Fatima Demougeot.

50 % des ouvriers sont syndiqués, pourcentage énorme. Besançon est l’héritière d’une double tradition : à la fois la patrie de Charles Fourier, de Pierre Joseph Proudhon, les grands du socialisme, c’est aussi une ville très catholique. Les syndiqués, Charles Piaget en tête, ont été formés par l’A.C.O. (Action catholique ouvrière). Lorsque, le 17 avril 1973, les ouvriers apprennent la démission de leur président, Jacques Saint-Esprit, « c’est le coup de tonnerre... », dit Charles Piaget, interrompu par Jeannine : « ... dans un ciel bleu ». « La panique générale », souligne Raymond Burgy, entré chez Lip en 1966. Le 12 juin 1973, à l’issue d’un conseil d’administration où on annonce qu’il n’y a pas de repreneur, que « Lip, c’est fini », quelqu’un découvre dans la serviette d’un des cadres des documents sur lesquels on peut lire : « 400 personnes à “élaguer” ». « Presque la moitié des effectifs. On ne comprenait pas, le carnet de commandes était rempli.

On vendait très bien nos montres. On avait bonne réputation, on faisait du travail propre. Le terme “élaguer” nous a choqués. Pour les animaux, on a plus de respect », souligne Jeannine Pierre-Emile. Les administrateurs sont séquestrés. Le préfet demande leur libération. La police arrive casquée, matraque à la main. « On était plongés dans la guerre », dit Fatima Demougeot. Pour éviter l’affrontement, les otages sont libérés. Et maintenant, que faire ? Le 12 juin 1973, après de longues discussions, une évidence surgit : il faut délocaliser le stock de montres, le seul moyen de pression qui leur reste. « Une décision difficile à prendre car, jusque-là, nous avions toujours veillé à rester dans la stricte légalité », dit Raymond Burgy.
Pour cela, il fallait neutraliser le gardien de l’usine, première personne à être en relation avec la police et qui avait pour rôle de signaler le moindre incident. Fatima Demougeot se souvient : « On a constitué une équipe de femmes, on a éloigné le téléphone et détourné son attention. » Les voitures chargées de montres démarrent.
« Il fallait trouver des caches provisoires. J’étais avec un délégué CGT, le coffre rempli de montres, on attendait une autre voiture. Tout à coup, je regarde dans le rétroviseur et je vois des hommes à casquette s’avancer vers nous. Je me jette sur mon compagnon : “Fais semblant de m’embrasser.” “Pourquoi ?” “Il y a des gendarmes derrière nous !” Il se penche et me dit : “Mais non, ce sont des employés des Eaux et Forêts !” », raconte Jeannine Pierre-Emile, prise d’un grand éclat de rire. « Tout était improvisé, poursuit Raymond Burgy.
Moi même, j’en ai transporté. Je ne savais pas où les mettre. Elles sont restées chez moi. Le lendemain, nous les avons placées en lieu sûr. » Des caches qui, encore aujourd’hui, restent secrètes. Dès ce premier jour, la dynamique d’action est là. Le lendemain, il faut l’annoncer à l’assemblée générale. « On se demandait comment les autres camarades allaient juger notre action. A Lip, on n’était pas des voleurs, encore moins des gangsters. On avait un peu peur de leur réaction.

Quand Charles Piaget a pris la parole, il a été applaudi. Tout le monde était d’accord, CFDT comme CGT. L’adhésion était formidable », dit Jeannine Pierre-Emile. « Sauf les cadres, souligne Fatima Demougeot. Mais, nous, nous étions animés d’un sentiment de justice. Ensemble, on se sentait forts. » Nouvelle étape, remettre en marche les chaînes de montage.

C’est possible : on fabrique, on vend, on se paie. La décision est prise le 18 juin 1973. « Tout un symbole, l’appel du 18 juin », dit Fatima Demougeot. La vente en direct ! Fonctionner en autogestion... Le chef du commercial se moque d’eux : « Vous n’y arriverez jamais ! » Les files d’attente s’allongent à l’entrée de l’usine. Peu importe le modèle, pourvu qu’on reparte avec une Lip. « On recevait des chèques de partout. Acheter une Lip devenait un acte militant, précise Raymond Burgy. Les gens ne venaient plus à Besançon pour voir la cathédrale Saint-Jean. Ils voulaient visiter l’usine et rencontrer ses ouvriers. » Le 3 août, arrive le moment-clé : la paie sauvage. « Que j’appelle un acte de justice républicaine, dit Fatima Demougeot. L’émotion était très forte. Je n’oublierai jamais le moment où Raymond a pris le micro et dit : “Maintenant on va se payer !” » Même paie pour tous ? Un pari idéaliste littéralement impossible à réaliser. Certains avaient des crédits sur le dos, d’autres la charge d’une famille nombreuse. Appliquer un tel diktat aurait signé l’arrêt de mort de la lutte car bon nombre d’ouvriers seraient partis. La réalité a pris le dessus et la grille des salaires a été respectée. La nuit précédente, on avait prêté une maison à Raymond Burgy et à quatre employées du service paie. « Imaginez des millions de francs en liquide... Sur une table de jardin, on a empilé les liasses de billets de banque. On les comptait avant de les mettre dans des enveloppes. Un sacré boulot ! Au petit matin, en rentrant chez moi, je sentais le fric... »

« LES LIP ONT L’AURA DE HÊROS »

Le réalisateur du documentaire « Les Lip, l’imagination au pouvoir » raconte qui étaient les ouvriers horlogers.

ELLE. Pourquoi ce titre ?
CHRISTIAN ROUAUD. Parce que c’est une aventure humaine incroyable. C’est un travail sur la mémoire et sur la transmission. Je suis arrivé au bon moment, le travail de deuil était avancé, même si nombre d’entre eux sont encore très marqués par ce qui leur est arrivé. Ils y ont perdu des plumes... Certains couples ont explosé, les enfants ont souffert d’un père trop souvent absent. Toute l’éducation reposait sur les épaules de la mère.

ELLE. Qu’est-ce qui vous a touché dans ces témoignages ?
C.R. Leur énergie. Les Lip ont mis en application des idées qui circulent partout : vivre ensemble, la démocratie, l’élan du groupe, la résistance... L’idée que l’on ne laisse personne sur la route est très chrétienne. Dans leurs récits, ils ne sont jamais triomphalistes alors qu’ils ont l’aura de héros. Leur humilité fait leur beauté. Ils racontent des histoires extraordinaires avec simplicité et modestie. Je les trouve rayonnants.

ELLE. Actuellement, imagineriez-vous un Lip bis ?
C.R. L’époque n’est plus la même. En 1973, le chômage n’avait rien à voir avec celui d’aujourd’hui. On sent chez les jeunes un manque de ferveur, ils semblent si écrasés par le poids d’une fatalité sociale. Ce que nous montrent les Lip est l’opposé. Leur force, c’est l’imagination. S’ils avaient fabriqué des locomotives, je suis sûr qu’ils auraient trouvé un moyen de pression. La lutte est à inventer...

FRANÇOISE DELBECQ

Visiter le site Elle.fr

____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Haut de page

� Création du site par globulerose