Les LIP, l'imagination au pouvoir

Bienvenue ! Ce site est tout d’abord conçu pour vous donner l’envie d’aller au cinéma, voir le film de Christian Rouaud « Les LIP, l’imagination au pouvoir », un documentaire, thriller, fresque historique qui raconte la grève ouvrière la plus emblématique de l’après 1968. Cette 1ère page met à votre disposition, au fur et à mesure de leur parution, les articles de presse, les émissions de radio et de télévision consacrés aux LIP et au film dont la sortie nationale est fixée au 21 mars 2007.
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Hebdo CFCT / Patrice Le Roué
mars 2007

Maurice Clavel, homme de lettres et d’action, voyait dans les événements de Mai 68 le retour de l’Esprit. Ce même Esprit, qui soufflait encore sur la France au début des années 1970, il le débusqua, aussi, dans le mouvement de révolte des ouvriers de Lip. C’est ce qui ressort – peut-être à son corps défendant - du film de Christian Rouaud Les Lip, l’imagination au pouvoir. Le 17 avril 1973, Lip, fabrique franc-comtoise de montres, dépose le bilan. Conscients de l’inefficacité d’une grève classique, les ouvriers décident d’occuper leur usine, de remettre en marche les chaînes, de produire des montres et de les vendre directement : « on fabrique, on vend, on se paie », tel est leur slogan. C’est cet « acte inouï », pour reprendre l’expression de Maurice Clavel, que Christian Rouaud nous fait revivre, plus de trente ans après. Dans ce documentaire, aussi captivant qu’un film de fiction, il fait témoigner les acteurs de l’époque : Charles Piaget et Jean Raguenes, pour ne citer que les leaders syndicaux du mouvement, Claude Neuschwander, le repreneur de l’usine en 1974 et son directeur jusqu’en 1976, et Jean Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique du gouvernement de Pierre Mesmer. Ils sont là presque tous à en parler certains avec nostalgie, d’autres avec une pointe d’amertume, d’autres encore submergés par l’émotion, quelques-uns avec solennité, les derniers avec humour, mais tous avec un même enthousiasme, une fougue à peine entamée par le temps et l’âge.
L’intérêt du film de Christian Rouaud est multiple. C’est, d’abord, un grand moment de cinéma : en donnant la parole aux principaux acteurs du mouvement, il fait non seulement œuvre de mémorialiste, mais il livre, aussi, un film profondément humain : dans chaque témoignage, quelque chose advient - de mystérieux, d’indicible, de vital, d’immortel - que le cinéaste restitue à l’état brut. C’est, ensuite, un film qui s’adresse à tous les publics, y compris et surtout aux jeunes : « pour ceux qui n’étaient pas nés, c’est l’occasion de découvrir cette lutte, au travers de laquelle se pose bien des enjeux de notre avenir immédiat », confirme l’auteur. Certains ont vu ou verront dans l’action des ouvriers de Lip, l’apologie de l’autogestion. Il n’en est rien. Les Lip - le film en apporte la preuve – révèle, d’abord et avant tout, la nature du lien qui lie les salariés à leur travail et à leur entreprise ; l’autogestion est une réponse ponctuelle et momentanée au dépôt de bilan, c’est un acte de révolte contre le dépôt de bilan ressenti comme une injustice et une incongruité économique puisque les ouvriers apportent la preuve que la poursuite de la production est rentable. A aucun moment, les protagonistes ne souhaitent que l’autogestion s’installe définitivement : fin janvier 1974 sur les 669 salariés qui prennent part au vote, seuls 3 se prononcent contre le plan de reprise de Lip par Claude Neuschwander.
On peut, enfin, regretter que l’Esprit n’ait pas soufflé partout : ça aussi, le film le donne à voir. Alors que, le 31 mars 1975, tous les Lip ont été réintégrés, que les commandes affluent, que le réseau comprend cinq mille concessionnaires bien implantés, l’entreprise se trouve confrontée à des difficultés imprévues : certains fournisseurs refusent d’honorer leurs commandes, le tribunal de commerce de Besançon contraint Lip à régler du jour au lendemain les dettes de l’ancienne direction (contrairement aux engagements pris), enfin, Renault, une entreprise publique, décide, pour équiper les tableaux de bord de ses voitures, de ne plus se fournir chez Lip, mais chez Jaeger, sans raisons apparentes… sinon la volonté, en haut lieu, d’en finir à jamais avec un symbole.

Patrice Le Roué

LIP sur le site du syndicat CFTC

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