Les LIP, l'imagination au pouvoir

Bienvenue ! Ce site est tout d’abord conçu pour vous donner l’envie d’aller au cinéma, voir le film de Christian Rouaud « Les LIP, l’imagination au pouvoir », un documentaire, thriller, fresque historique qui raconte la grève ouvrière la plus emblématique de l’après 1968. Cette 1ère page met à votre disposition, au fur et à mesure de leur parution, les articles de presse, les émissions de radio et de télévision consacrés aux LIP et au film dont la sortie nationale est fixée au 21 mars 2007.
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Hommes & Libertés / Nicole Savy
mars 2007

Inutile de raconter l’histoire : dépôt de bilan de l’entreprise en 1973 et création du comité d’action ; la lutte collective commence, avec occupation de l’usine, remise en marche de la production, gestion du trésor de guerre, négociations et refus des plans ministériels.
La France entière vient voir les LIP, manifeste sa solidarité et leur achète des montres, en répétant leur slogan, « C’est possible : on fabrique, on vend, on se paie. » Claude Neuschwander, un proche de Michel Rocard, prend la direction de l’usine début 1974. Un peu plus d’un an plus tard, il a réembauché tous les LIP. Mais le gouvernement Chirac lui coupe les vivres : février 1976, c’est la fin de l’usine Lip de Palente.

L’histoire est entièrement racontée par la voix des protagonistes, à travers leurs souvenirs de ce qui fut pour tous le moment le plus exceptionnel de leur vie. L’intelligence politique et syndicale de ces hommes et de ces femmes est évidente, comme leur humour, leur liberté et, pour certains comme Charles Piaget, le leader de la CFDT avec Roland Vittot, leurs capacités d’analyse stratégique.

Dans les difficultés, la tension, l’épuisement, parfois le danger, ils ont construit une lutte en mettant en commun leurs contradictions : leur engagement mais aussi leurs divergences syndicales, la colère contre la ruse, la tentation révolutionnaire contre l’âpreté de la sagesse et du réalisme. Tous défendent leur droit au travail, leur outil de travail, la justice et même la laïcité dans une Franche-Comté où les bigotes de la campagne les regardent de travers mais où les curés leur donnent un coup de main.

Il y a des moments étonnants : l’explosion de créativité qui suit la création du comité d’action, quand tout le monde se met à dessiner ; l’archevêque de Besançon qui prend la tête de la manifestation du 15 juin 1973 ; les hommes qui se mettent à faire le ménage dans l’usine, pendant que les femmes prennent pour la première fois la parole et créent un groupe femmes ; les balades en voiture dans la campagne pour échapper aux filatures, planquer les montres et les gros sacs de l’argent de la paye ; la « douleur » des LIP évacués de l’usine par les CRS, protestant : « Nous sommes la justice et la logique » ; les larmes de Claude Neuschwander, au moment où il raconte la joie de la réouverture, et sa colère intacte du lâchage final.

Il conclut en patron, mais en patron progressiste : « L’entreprise était au cœur de l’économie. Maintenant c’est la finance. » Le sujet est formidable, le film aussi. Si vous avez encore des amis à convaincre que les droits sont indivisibles et que les droits économiques et sociaux font partie des droits de l’Homme…

Nicole Savy

Revue "Hommes & Libertés" sur le site de la Ligue des Droits de l’homme.

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