
En savoir plus. Cette rubrique vous propose un certain nombre de repères chronologiques, biographiques et bibliographiques qui vous permettront soit de mieux vous remémorer les circonstances, soit de mieux comprendre le contexte des années 1970. En visitant la sélection d’extraits d’archives télévisuelles de l’INA, vous pourrez vous (re)plonger dans l’ambiance de ces années-là.
Pour en revenir à aujourd’hui, vous pourrez écouter l’intégralité d’un certain nombre de débats organisés avec Christian Rouaud et/ou des LIP en collaboration avec des associations, des syndicats ou des organisations politiques.
Du point de vue pédagogique, les enseignants ont à leur disposition deux dossiers : celui réalisé par l’Agence Cinéma Education ainsi que celui du CNDP.
Né en 1948 à Paris, Christian ROUAUD a d’abord été professeur de Lettres, puis responsable de formation audiovisuelle dans l’Education Nationale. Durant cette période, il a réalisé des films pour le système éducatif et participé à différents projets sociaux et culturels, notamment un circuit interne de télévision à la prison de Fresnes et la création de l’Association "Audiovisuel Pour Tous dans l’Education" (APTE), qu’il a présidée pendant 5 ans. Il est également l’auteur d’un roman, "La saldéprof" (Editions Syros, 1983).
2006
Documentaire
52 minutes
Coprod Beau Comme une Image / France 3 Ouest
A travers deux générations de paysans sur une ferme des Côtes d’Armor, le film aborde l’épineuse question de la pollution des eaux bretonnes par les excès de l’agriculture industrielle.
Etienne, le père, a connu le travail à l’ancienne, les chevaux, le fauchage à la main. Lorsque la modernisation a apporté ses machines et ses produits, en même temps que le confort ménager, il s’y est lancé à corps perdu. Encouragé par les techniciens agricoles, il déversait les engrais, les pesticides et le lisier à grande échelle, sans se poser de question. Les rendements étaient impressionnants.
Lorsque le fils, Joseph est revenu de l’école d’agriculture, c’est avec un réel plaisir qu’il a continué ce jeu avec la nature, qu’on croyait enfin avoir vaincue. Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que son voisin le producteur de moules se voyait régulièrement interdire la commercialisation de sa pêche…
En suivant le récit de la prise de conscience de Joseph et de sa difficile conversion, le film envisage l’hypothèse d’une autre agriculture, qui trouverait, enfin, un équilibre avec la nature.
2005
Documentaire
52 minutes
Prod Movimento
Prix du documentaire au Festival international du film vidéo de Vébron, 2005
Festival « Champs et Contrechamp », Vic en Bigorre 2006
Etrange rencontre entre deux hommes : un photographe et un pompier gravement brûlé.
L’un est cloué au lit, aux prises avec une indicible souffrance, l’autre commence à tourner autour de lui avec un appareil photo. L’un a brusquement perdu son visage, l’autre s’évertue à fixer l’image d’une physionomie tourmentée qui n’en finit pas d’échapper à son objectif.
Ni l’un ni l’autre ne sait où cela va les mener.
Avançant au fil des récits croisés du photographe et du pompier, mais aussi de sa femme et de sa mère, le film quitte peu à peu l’univers du fait divers dramatique pour s’aventurer vers des questions qui tournent autour du regard porté sur l’autre. Regard du photographe, du cinéaste, de nous…
Comment et pourquoi faire d’une tragédie personnelle une œuvre artistique ?
A quel prix pour la « chair à caméra » qui s’offre au réalisateur ?
2004
Documentaire
71 mn
Coprod Lilith Production / France 3 / France 3 Ouest
Festival de Douarnenez 2005
Doc Ouest 2005
"8 ème Rencontre cinéma Images du travail" Besançon 2005
Festival du film d’architecture d’Aix en Provence « Images de ville »
Festival du film d’architecture de Bruxelles 2006
Le Corbusier a construit la "Maison Radieuse" de Rezé, il y a 50 ans.
A l’époque, les intentions de l’architecte, et celles de la société de HLM qui lui a passé la commande, étaient très ambitieuses. Il s’agissait d’imaginer un habitat collectif qui respecte la vie privée de chacun tout en favorisant les échanges et les contacts, « un village vertical », qui soit le lieu d’une vie sociale épanouie, chaleureuse et juste. L’utopie dans un édifice de béton armé. La tentation était grande de voir ce que de si belles intentions ont effectivement produit, et ce qu’il en reste aujourd’hui, un demi-siècle plus tard. Le film s’installe donc quelque temps parmi les habitants de la "Maison Radieuse" pour essayer de comprendre comment fonctionne cette alchimie étrange qui fait qu’un objet architectural induise, facilite ou contrarie des comportements sociaux, individuels ou collectifs. Une architecture vue par les gens qui l’habitent.
Il s’agit aussi, bien évidemment, de donner à voir l’esthétique si particulière de Le Corbusier, de parcourir l’immeuble avec ses habitants pour essayer de faire sentir comment les idées d’un génial créateur s’incarnent dans des espaces à vivre, mais aussi à rêver parce que la beauté s’y est installée, avec la complicité de la lumière, de la perspective, des couleurs, et de la matière.
2003
Documentaire
62 mn
Coprod 24 images / ADIVINA Productions / France 3 Ouest
Il parle avec passion mais sa voix est douce et chaude.
C’est une Star mondiale, remarquée par Ry Cooder, Sinead O’Connor, Bob Dylan ou Paco de Lucia. C’est un virtuose, qui s’est déjà produit en Australie et au Japon, au Royal Albert Hall de Londres et au Carnegie Hall de New York, une bête de scène capable d’enflammer des salles immenses.
Il est dévoré par un amour exclusif de son instrument, la cornemuse galicienne. C’est Carlos Nuñez, joueur de gaïta.
Bretaña nous invite au rendez-vous de Carlos avec le répertoire celte le plus vivant sans doute aujourd’hui, celui de Bretagne. Alors qu’il prépare un disque intitulé "Un Galicien en Bretagne", où on l’entendra jouer avec les figures emblématiques du renouveau des années 70, Alan Stivell, Dan Ar Braz ou Gilles Servat, Carlos Nuñez se confronte aux musiciens bretons, leur propose un regard nouveau, libre, sur leur patrimoine musical. Séducteur, obstiné, il les entraîne dans son univers, proche du flamenco. A travers ce "frottement" musical, les réticences des uns, les enthousiasmes des autres, le travail sur les airs et leurs ornementations, le film esquisse un portrait en creux de Carlos Nuñez et propose une méditation sur la musique populaire traditionnelle : ses origines, sa transmission, les libertés qu’elle autorise (ou qu’elle refuse !) à qui veut la faire entendre aujourd’hui.
2002
Documentaire
59 mn
Coprod ISKRA / ARTE / TV 10 Angers
Prix "Amour" au Festival Cinéma Psy de Lorquin 2003
Sélection Festival Perspektiva de Moscou 2004
C’est l’histoire de Patrick et Nathalie, un couple de « personnes de petite taille », et d’Eric, un adulte autiste dont Patrick a choisi d’être le tuteur, il y a déjà 25 ans.
Dans notre société "normale" où le geste vers autrui est souvent furtif et chargé de bonne conscience, Patrick et Nathalie présentent l’image dérangeante d’un engagement vital vers l’autre.
C’est de simplicité dont il s’agit ici, d’évidence.
D’engagement aussi, de certitude que la vie vaut la peine d’être vécue, même quand elle commence par vous jouer de bien vilains tours.
Ils ne cherchent ni l’un ni l’autre à donner de leçons, mais à leur insu ils induisent une réflexion sur l’altérité. Leur corps étrange, leur démarche dandinante, leurs gestes d’enfants, les obstacles qu’ils doivent surmonter en permanence, leur douleur physique aussi, nous renvoient inévitablement à nous-mêmes.
Juste un léger décalage.
Et même si la lueur qui passe parfois dans le regard d’Eric reste à jamais une énigme, la fascination qu’elle suscite, l’émotion qu’elle fait naître en nous donnent au malheur de vivre une drôle de couleur, comme un réconfort.
Documentaire
63 mn
Coprod PATHE TELEVISION / France 3 Ouest
Juillet 2001. A Vitré, Hervé Baslé, réalisateur de télévision, tourne pour France 2 une série de quatre téléfilms de 90 mn intitulée "Le Champ dolent". C’est une saga familiale, pleine de bruit et de fureur, l’histoire d’une famille de paysans bretons du début du siècle à nos jours.
Histoire de Paysan est une incursion impressionniste sur le tournage, un regard un peu décalé sur la fabrication du film et le travail d’Hervé Baslé avec ses comédiens. Des extraits de la série font contrepoint au tournage et racontent des bribes de l’histoire, au fil des entretiens avec l’équipe.
En effet le décorateur, le régisseur , le musicien, les comédiens ont tous, quel que soit leur âge, un rapport à ce passé de la campagne, des souvenirs ou des anecdotes entendues, des images qui les hantent. Alors ils disent, chacun à leur manière, comment le film d’Hervé Baslé fait écho à leur vécu, comment une fiction historique, dont les héros sont de petites gens, des personnages singuliers, nous parle aussi de ce qui se joue aujourd’hui dans les campagnes et jusque dans notre assiette.
C’est un film plutôt gai, d’abord parce qu’il est traversé par Jean Yanne, pour qui la dérision est une seconde nature, et puis parce qu’un tournage est souvent source de gags réjouissants.
On constatera en particulier qu’il n’est pas si facile pour une comédienne de fendre une bûche avec une lourde hache, et que les gros cochons roses n’en font parfois qu’à leur tête.
Documentaire
84 mn
Coprod PATHE / France 2 / INA Entreprise/ France 3 Ouest
Prix du public au Festival de Douarnenez 2002
Prix régional à la création artistique. Rennes 2003
Sélection "6 ème Rencontre cinéma Images du travail" Besançon 2003
Sélection Festival "Le geste a la parole" Bretenoux 2003
Vous appelez meneurs ceux qui se sont levés avant que le jour se lève.
(Jean Jaurès)
En retraçant la vie de Bernard Lambert, paysan de Loire Atlantique, député à 27 ans puis figure mythique des luttes paysannes dans l’Ouest au cours des années 1970, fondateur du mouvement des « Paysans travailleurs » et père spirituel de José Bové, « Paysan et rebelle » remonte aux sources de la contestation paysanne d’aujourd’hui et parcourt un demi-siècle d’évolution de l’agriculture en France.
C’est aussi un portrait de groupe, car l’histoire de Bernard Lambert est racontée par ses proches, ses compagnons de lutte, sa femme Marie-Paule, ses amis de la JAC, ses camarades du PSU ou des Paysans travailleurs, des inconnus ou des « personnalités » : Maître Henri Leclerc, Michel Rocard, José Bové…qui tous parlent d’eux-mêmes en parlant de lui et constituent un récit à plusieurs voix, à la fois biographie singulière et fresque historique, histoire des idées et histoire des gens mêlées.
1997
Série documentaire "Galilée"
13 mn
Coproduction CNDP / La Cinquième
Tourné pendant le chantier de construction de la ligne de métro "Météor", ce film esquisse quelques portraits d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs qui travaillent sur le site et dont les trajectoires se côtoient, s’imbriquent ou s’ignorent. Hiérarchie, conditions de travail, sécurité, vie en équipe, fierté de participer à un si vaste projet sont évoquées au cours de ce parcours impressionniste au milieu de la ferraille et du béton.
1996
Court-métrage de fiction
38 mn, cinéma 35mm.
Coproduction Movimento, THECIF, APCVL
Prix de la SACD (première oeuvre de fiction), Clermont-Ferrand 1997
Grand prix du Festival de Montréal 1997
Prix Henri Alekan, Festival "Acteurs acteurs" de Tours 1997
Prix d’interprétation au Festival de Brest 1997
Prix spécial du jury et
Prix d’interprétation au Festival de Vendôme 1997
Lutin de la meilleure actrice, Paris 1998
Prix de la qualité du CNC 1998
Sélectionné dans le Programme "Prix de courts 1997" de l’Agence Nationale du Court-Métrage
Diffusion ARTE
Il y a des gens, de chair et d’os, vous et moi, qu’on transforme un jour en sujets de film. Parce qu’ils sont de beaux personnages. Vous et moi. Des êtres humains passionnants. On en fait de beaux films documentaires. On les voit à la télé, vous et moi, on y prend plaisir.
Imaginons une résistance. Un futur personnage de film qui se rebifferait, qui voudrait rester lui. Vous et moi.
Elle s’appelle Stella, elle a bientôt 60 ans. Elle est forte et cassée en morceaux, elle est belle et abimée, elle rit, au bord des larmes. Antoine veut faire un film "sur" elle.
Il dirait avec elle.
Un film documentaire. Parce qu’elle est un beau personnage.
Elle le regarde, lui sourit, et il la voit déjà à l’écran. Elle lui parle, et chaque mot qu’elle prononce est une promesse pour la bande-son. Il y a de l’Arletti en elle, de la Paulette Dubost, certains diront de la Juliet Berto. Personne ne peut résister. Je voulais qu’à aucun moment on puisse se demander pourquoi Antoine veut la filmer. Il y fallait une évidence, un désir absolu.Cette question n’appartient qu’à Stella, en privé. Elle la posera à Antoine, le moment venu, les yeux dans les yeux : Pourquoi tu veux me filmer ?
Stella n’est pas "le sujet" du film. Elle n’en est qu’un personnage.
Si l’on se croit parfois dans un documentaire, c’est par inadvertance, par effraction.
Tout est écrit. Tout est faux. Tout est fiction.
Le sujet est l’histoire d’une rencontre, d’un apprivoisement. Un chat et une souris. Affrontement feutré, amoureux, inégal.
Voire.
Elle raconte, elle chante, le plaque, l’invite. Il la poursuit, la saoule de questions, la provoque. Jamais il n’oublie qu’il prépare un tournage. Jamais elle ne paraît l’entendre.
Le film aurait pu s’appeler "La dérobée". C’est une jolie danse, de la région de Guingamp.
1994
Documentaire
64 mn, vidéo
Coprod. LAZENNEC Bretagne / FR3 Ouest
Prix "Ar Men" au Festival de Douarnenez 1995
Diffusion FRANCE 3 Ouest, Planète, Muzzic, MCM, TV Breizh
Tous les ans, les bagadoù bretons s’affrontent, au Festival Interceltique de Lorient, lors d’un concours qui désigne le champion de Bretagne. Christian Rouaud a suivi le Bagad Ronsed Mor de Lokoal-Mendon durant plusieurs mois, lors de la préparation musicale de l’épreuve : collectage des airs, choix des partitions et des rythmiques, répétitions par pupitres, répétitions du bagad lui-même. La caméra suit les pas du "pen soner", Dédé Le Meut, qui nous fait rencontrer quelques "personnalités" du bagad. A travers ces portraits esquissés, à l’occasion d’une naissance, au cours d’un repas, dans la formation des jeunes débutants, au bar du local après la répétition, on entre peu à peu dans l’intimité du groupe et dans le mystère d’une élaboration musicale collective. L’échéance approche, on sent monter la tension, à la mesure de l’enjeu...
Vient le jour du concours, l’angoisse des ultimes répétitions, la panique à l’entrée du stade, la prestation devant le jury et la foule. La musique, enfin.
Le bagad de Lokoal-Mendon sera-t-il champion de Bretagne ?
1992
Documentaire
52 mn, vidéo
Coprod. LES FILMS D’ICI / M6
Prix "Planète Cable" au festival "Cinéma et Banlieue" à Vaulx en Velin.
Sélection "Cinéma du Réel" 1992, Centre Georges Pompidou PARIS.
Diffusion M6, Planète.
Quinze ans après avoir été leur professeur de français dans un collège de Villeneuve-Saint-Georges, christian ROUAUD retrouve six anciens élèves. Six personnages émouvants et drôles, d’une lucidité terrible sur ces années de jeunesse passées au milieu des cités du quartier nord, entre le train, la nationale et les avions filant vers Orly. Ils ont la trentaine aujourd’hui et se racontent, chacun à sa manière. Ce faisant, il nous livrent un fragment, vécu au quotidien, de l’histoire de la banlieue dans les années 70-80.
1991
Documentaire
30 mn, vidéo
Coprod. CRDP de CRETEIL / Conseil Général de Seine St Denis.
2ème Prix au festival "Ecolimage" à Semur-en-Auxois.
Ils ont entre 4 et 6 ans, ils sont à l’école maternelle, ils apprennent à jouer au rugby. Un JEU où le plaisir de courir en liberté et la dépense physique se conjuguent au respect des règles, à la découverte des autres et de son propre corps. Ni cobayes, ni bébés champions, les "petits" courent, poussent, évitent, plaquent, dansent, exultent avec une joie communicative. Et ils parlent, avec la candeur et l’imperturbable sérieux des tout-petits.
et de nombreux films courts pour les Séries documentaires :
Allo la terre (La Cinquième)
Galilée (La Cinquième)
Dédalus (La Cinquième)
Géoscope (France 3)
LIP est resté dans la mémoire de ceux qui ont milité dans l’après 68 comme un sommet, certes, mais surtout comme l’affaire de chacun. Qui, parmi ceux qui ont vécu cette période, ne porte pas en lui un petit bout de LIP, un lambeau de mémoire en éveil, sa façon à lui d’avoir vécu le conflit ? LIP, on y est tous un peu pour quelque chose. Qu’on soit d’ici ou de là, on a fait des grèves de soutien, collé des affiches, diffusé le journal Lip-Unité, participé à des galas, vendu des montres. On est allé à Besançon visiter l’usine, on a fait la manif monstre sous la pluie, tenté de boycotter la banque qui étranglait les Lip. On a diffusé des films, des cassettes, des chansons, fait des meetings, on est allé sur le Larzac, on a encouragé d’autres travailleurs à imiter les Lip… Cet enthousiasme collectif est la toile de fond de l’histoire, mais ce n’est pas mon sujet. Je ne veux, ni ne peux faire le tour de la question Lip, c’est une affaire de journalistes ou d’historiens, ce que je ne suis pas.
J’avais envie d’un film partiel, partial sans doute, un film qui assume un point de vue et un regard, certain que cette singularité-là dirait plus et mieux que toutes les analyses du monde. Ce qui m’intéresse, ce sont les hommes et les femmes qui ont permis que ce tremblement de terre se produise. Leur mémoire est vacillante, leurs souvenirs imparfaits, ça tombe bien, ce qui m’émeut c’est la façon dont ils en parlent aujourd’hui, les hiatus et les grincements de leurs récits. Trente ans se sont écoulés. Trente ans de silence, tant a pesé lourd dans leur vie ce conflit interminable et sa fin qui les a séparés. C’est dans les espaces de cette parole d’aujourd’hui que se glisse la matière proprement cinématographique de l’histoire, la part de l’imaginaire et du récit, l’émotion aussi, sans laquelle le cinéma n’est pas.
Ce sont de bons conteurs, parce qu’ils parlent d’eux et construisent leur personnage en même temps qu’ils racontent. Charles de sa voix posée, avec son inimitable accent du Jura, Roland, tout en saccades et en émotion, Raymond, synthétique et précis, Jean au verbe onctueux de dominicain, Fatima avec la justesse de ses synthèses, Michel avec son humour, Jeannine avec sa gouaille, Claude avec une solennité toujours prête à se briser, tous prennent un évident plaisir à ces récits qui font briller leur regard, parce que leur corps a encore en mémoire les actions qu’ils ont menées et que les images en sont encore présentes au fond de leurs yeux.
“De la réflexion naît l’action”, dit le proverbe. Chaque moment de la lutte des Lip est la démonstration que cette relation-là est plus dialectique qu’il n’y paraît, et qu’elle réserve de belles surprises à ceux qui osent prendre le risque de faire bouger les choses. Tracer ces portraits, c’est aussi essayer de comprendre ce qui a poussé ces gens comme vous et moi à se lancer dans une lutte collective radicale, et puis faire résonner les modes de réflexion, d’intervention, d’organisation d’il y a 30 ans aux oreilles d’aujourd’hui, car je suis convaincu que cette histoire, pour de nombreuses raisons, nous parle de nous, ici et maintenant.
J’ai toujours imaginé ce film projeté dans les cinémas. J’ai pensé qu’il avait besoin du coude à coude et des frissons d’une salle obscure pour trouver son espace. Cette histoire collective appelle une écoute et un regard partagés. Elle veut qu’on soit là, ensemble. A cette condition, elle pourra évoquer des questions qui n’en finissent pas de se poser à nous, qu’on le veuille ou non : la démocratie, la solidarité, la lutte pour la justice, la capacité de vivre ensemble. De grands mots, sans doute, mais dont on a sans cesse besoin de retrouver le sens, de se les réapproprier. Peut-on parler de rêverie politique ? J’aimerais que cette incongruité traverse le film. Lip c’est la poursuite d’un rêve collectif. Une histoire portée par un souffle épique, mais aussi par le désir de mettre en acte des idées, après les avoir malaxées ensemble, avec l’évident plaisir d’inventer.
Christian Rouaud