Les LIP, l'imagination au pouvoir

En savoir plus. Cette rubrique vous propose un certain nombre de repères chronologiques, biographiques et bibliographiques qui vous permettront soit de mieux vous remémorer les circonstances, soit de mieux comprendre le contexte des années 1970. En visitant la sélection d’extraits d’archives télévisuelles de l’INA, vous pourrez vous (re)plonger dans l’ambiance de ces années-là.

Pour en revenir à aujourd’hui, vous pourrez écouter l’intégralité d’un certain nombre de débats organisés avec Christian Rouaud et/ou des LIP en collaboration avec des associations, des syndicats ou des organisations politiques.

Du point de vue pédagogique, les enseignants ont à leur disposition deux dossiers : celui réalisé par l’Agence Cinéma Education ainsi que celui du CNDP.


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Lip, une chronologie

Premier acte : exposition

Dans les années 50, les militants CFTC de Lip, regroupés autour de Charles Piaget et Roland Vittot, cherchent à créer une force syndicale capable de tenir tête au patron. Leur première action est de s’attaquer au secret des rémunérations qui cache des disparités de salaire. En barrant les noms, ils publient les fiches de paie. Tollé général qui aboutit à une refonte de la grille des salaires après d’âpres négociations. Lors d’une grève un peu dure, les ouvriers bloquent le stock de montres et l’utilisent comme monnaie d’échange dans la négociation.

Au cours des années 60, la situation financière de l’entreprise se dégrade. Conscient des bouleversements qui s’annoncent et de la fragilité de sa société, Fred Lip cherche à ouvrir son capital. Il se tourne vers une société suisse, Ebauches SA.

En janvier 1967, il lui cède 33% de ses parts.

En mai 68, la grève chez Lip est particulièrement active avec une occupation bien préparée, des commissions par ateliers, le refus de reprendre le travail après les négociations tant que la grève nationale n’est pas terminée. La situation de l’entreprise se détériore toujours. Ebauches SA devient actionnaire principal avec 43% du capital en avril 1970.

Le 5 juin 1970, les ouvriers de l’atelier mécanique débrayent 1/4h par heure après avoir constaté une diminution de leurs salaires. 1000 ouvriers décident, lors de l’AG du 16 juin, l’occupation de l’usine et le blocage de l’expédition des montres. Après 8 jours de grève, la direction cède et revalorise les salaires.

Le 5 février 1971, à 65 ans, Fred Lip est débarqué par le conseil d’administration, selon les vœux d’Ebauche SA, majoritaire. Il doit laisser sa place à Jacques Saint-Esprit, un ancien secrétaire général que Fred Lip avait renvoyé quelque temps auparavant. La situation commerciale et financière de l’entreprise est très inquiétante.

Le 17 avril 1973, coup de tonnerre : Jacques Saint-Esprit démissionne, Lip dépose le bilan.



Deuxième acte : le grand conflit de 1973

Le 20 avril 1973, création du Comité d’Action, animé par Jean Raguenès et Marc Géhin.

Le 26 avril 1973, les administrateurs déclarent : "Tout peut arriver." Les Lip organisent la baisse des cadences.

Le 18 mai, ils manifestent devant le siège d’Ebauches SA à Neufchâtel, en Suisse.

Le 24 mai, manifestation de 5.000 personnes à Besançon.

Le 28 mai, montée à Paris de 534 Lip en délégation à Matignon et au ministère de l’équipement.

Le 10 juin, l’usine est totalement occupée "pour la sauvegarde de l’outil de travail".

Le 12 juin, lors d’une réunion du comité d’entreprise, le syndic et les administrateurs provisoires sont séquestrés. On découvre une sacoche contenant les plans de licenciement. Dans la nuit, le stock de montres, environ 500 000 millions d’anciens francs, est mis à l’abri dans des caches disséminées dans la région.

Le 15 juin, une manifestation de 12.000 personnes sillonne Besançon. Les magasins sont fermés, le glas sonne. L’évêque, Mgr Lallier, prend la parole devant les manifestants place St-Pierre. Les CRS répriment sévèrement et malmènent les journalistes.

Le 18 juin, une assemblée générale historique décide la remise en route de la chaîne de montage horlogère pour assurer "un salaire de survie". Pendant tout l’été, la lutte des Lip est popularisée avec le slogan : "C’est possible : on fabrique, on vend, on se paie". Les visiteurs affluent à Palente.

Le 22 juin, l’assemblée générale met sur pied 6 commissions de travail : production, vente des montres, gestion du stock, accueil, popularisation, entretien et sécurité. Très rapidement, 3 autres commissions voient le jour : restaurant, animation, courrier.

Le 2 Août, Jean Charbonnel, Ministre du Développement industriel présente un plan de sauvetage de Lip, qui n’est autre que celui d’Ebauches SA. Il nomme Henri Giraud comme médiateur.

Le 3 août, les grévistes refusent le plan Charbonnel et distribuent la première "paie sauvage".

Le 11 août, début des négociations, à Arc-et-Senans, entre les représentants des syndicats, du Comité d’action et Henri Giraud.

Le 15 août, à 5h30 du matin, les gardes mobiles investissent l’usine de Palente et chassent les travailleurs. A l’annonce de la nouvelle, de nombreuses entreprises se mettent en grève et les ouvriers viennent en découdre avec les forces de l’ordre. Installation de la nouvelle "usine" Lip au Gymnase Jean Zay, prêté par la mairie, à condition qu’on n’y reprenne pas la production. Le 25 août, 200 Lip rejoignent le rassemblement du Larzac où des paysans spoliés par l’armée luttent pour retrouver leur outil de travail.

Le 31 août, au cinéma Lux, distribution sans témoins de la 2ème paie sauvage.

Le 29 septembre, grande marche nationale sur Besançon. 100 000 personnes, venues de toute la France et de l’étranger, manifestent sous une pluie battante. Les tensions s’amplifient entre la CFDT et la CGT. Claude Mercet déclare : "Les choses se désagrègent, il faut les reprendre en main, terminer la lutte."

Le 12 octobre, les Lip doivent se prononcer sur les conclusions des négociations avec Henri Giraud, Un vote à bulletins secrets donne une large majorité à la poursuite de la lutte,

Le 15 octobre, Pierre Messmer, Premier Ministre, prononce son fameux : "Lip, c’est fini !"

Pendant l’automne et l’hiver, des discussions et tractations ont lieu entre hommes d’affaires, sollicités par des membres du PSU et de la CFDT.

Début janvier 1974, Jean Charbonnel charge Claude Neuschwander d’une mission exploratoire sur la possibilité d’une relance de Lip. Les 26, 27 et 28 janvier, à Dôle : négociations entre José Bidegain et les Lip. "L’entreprise procédera aux embauches du personnel au fur et à mesure des besoins créés par son développement." 850 Lip doivent êtres réembauchés progressivement. L’assemblée approuve ces conclusions :

Le 29 janvier 1974, la délégation de Lip signe les accords de Dôle.

Dans la nuit du 29 au 30 janvier, les Lip restituent leur trésor de guerre : 10 tonnes de matériel et un chèque de 2MF correspondant au reliquat de la vente des montres.

Le 11 mars, face à de nombreux Lip et sympathisants chantant l’Internationale, après 329 jours de lutte, Roland Vittot déclare : "Camarades, Lip vit ! Nous lutterons tous ensemble jusqu’à ce que le dernier d’entre nous ait franchi cette grille !" Raymond Burgy rentre le premier dans l’usine. Les 135 premiers réembauchés reprennent le travail.



Troisième acte : Après la victoire

Le 15 décembre 1974, les 21 derniers Lip reçoivent leur lettre de réembauche. Il faudra attendre le 31 mars 1975 pour que tous reprennent effectivement le travail. Les commandes affluent et l’année 75 s’annonce prometteuse.

Tout est bien qui finit bien donc… Mais l’équipe de direction doit faire face à des difficultés imprévues.

En avril 1974, des fournisseurs traditionnels décident de ne pas honorer les commandes passées. Contrairement à ce que stipulent les accords de Dôle, le tribunal de commerce de Besançon demande à Claude Neuschwander d’honorer 6 millions de dettes de l’ancienne entreprise auprès des fournisseurs. Il doit les payer du jour au lendemain. Mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing, est élu Président de la République. Le 27 mai 1974, il nomme Jacques Chirac Premier Ministre. Renault, entreprise nationalisée, retire ses commandes. Les industriels horlogers du Doubs, soutenus par Edgar Faure, s’opposent à une aide de l’Etat. Les banques refusent d’apporter les 4MF réclamés. Claude Neuschwander se tourne vers son conseil d’administration et, à sa grande surprise, se heurte à un refus. C’est la fin de Lip.

Claude Neuschwander démissionne le 8 février 1976.

Jean Charbonnel est débarqué à l’occasion d’un remaniement ministériel.



Quatrième acte : Le dénouement, les coopératives.

Le 5 mai 1976, les Lip entament une nouvelle occupation de l’usine et reprennent à leur compte la fabrication des montres pour se constituer un nouveau trésor de guerre. Mais aucun patron ne reprendra Lip. Ils commencent à réfléchir à l’idée de créer des coopératives à partir des activités habituelles de l’entreprise, et d’autres, qui sont nées pendant la lutte : restaurant, atelier de coiffure, réparation automobile, etc.

Finalement, à l’issue de longs débats, Le 28 novembre 1977, les Lip créent le scoop "Les Industries de Palente" (LIP). Les coopératives sont au nombre de six : mécanique, horlogerie, restauration, bois et tissus, imprimerie, loisirs. Mais c’est une autre histoire…

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