
En savoir plus. Cette rubrique vous propose un certain nombre de repères chronologiques, biographiques et bibliographiques qui vous permettront soit de mieux vous remémorer les circonstances, soit de mieux comprendre le contexte des années 1970. En visitant la sélection d’extraits d’archives télévisuelles de l’INA, vous pourrez vous (re)plonger dans l’ambiance de ces années-là.
Pour en revenir à aujourd’hui, vous pourrez écouter l’intégralité d’un certain nombre de débats organisés avec Christian Rouaud et/ou des LIP en collaboration avec des associations, des syndicats ou des organisations politiques.
Du point de vue pédagogique, les enseignants ont à leur disposition deux dossiers : celui réalisé par l’Agence Cinéma Education ainsi que celui du CNDP.
Son parcours n’a rien à voir avec celui de Charles, Roland et Raymond. Il n’est entré chez Lip qu’en mai 1971, comme OS. Prêtre dominicain issu d’une famille bourgeoise de Bretagne, il a d’abord été éducateur pour l’enfance inadaptée, puis novice dans un ordre contemplatif, le Carmel, avant d’entrer chez les Dominicains. C’est donc avec un bac plus 10 qu’il se fait embaucher chez Lip au plus bas de l’échelle. En arrivant à Besançon, il considère son travail chez Lip comme alimentaire, et s’intéresse peu à la vie de l’entreprise. Il veut reprendre une action militante en direction des délinquants et installe dans sa maison une sorte de communauté ouverte pour les accueillir. Ses sympathies politiques sont plutôt "mao". Lorsque éclate le conflit en 1973, il s’engage et devient l’un des animateurs du Comité d’Action dont la réflexion et les actions, parfois provocatrices, seront souvent décisives pour l’avancée de la lutte.
On le retrouve aujourd’hui au Brésil, où il est parti combattre aux côtés des paysans sans terre et des Indiens spoliés par les grands propriétaires terriens, ainsi que contre le travail esclave qui y sévit.
"Je ne connais pas d’autre exemple, au niveau des luttes ouvrières ou même des luttes tout court, où l’on ait fait preuve d’autant d’imagination. On a toujours su trouver le truc, non seulement qui fait rire, mais qui permet aussi de « défataliser » l’évènement, s’il est un peu trop lourd.
Lip, par exemple n’a jamais sombré dans la violence. Et ce n’est pas à cause de moi, tu pourras en parler à Charles Piaget, j’avais quelques tentations de ce côté-là. Mais Charles et Roland étaient pleins d’une sagesse paysanne quasi-ancestrale, et en même temps d’une sagesse syndicale acquise au fil des années. Ils étaient représentatifs de la grande majorité des Lip parce que la grande majorité des Lip se reconnaissait en eux. Mais ils n’étaient pas bêtement syndicaux. J’ai connu des gens qui sont bêtement syndicaux ou bêtement politiques, ça peut arriver à tout le monde, il faut se méfier. Eux, ils avaient en plus un brin de folie dans la tête. Ils étaient ouverts à quelque chose d’autre.
De l’autre côté, il y avait le Comité d’Action, avec principalement des gens plus jeunes, que peut-être je représentais d’une certaine façon, qui n’avaient pas de formation syndicale et politique pour la plupart, qui voulaient jouer peut-être aux révolutionnaires, mais, et c’est là tout l’intérêt, qui avaient quand même les pieds sur terre. C’étaient des contestataires ouverts, et mûrs, avec un sens du réalisme très fort.
C’est le choc entre ces deux tendances qui a permis l’étincelle Lip et qui a été extrêmement créatif. Parce que si Lip avait été seulement syndical, il n’en serait pas sorti grand-chose, ça aurait été un conflit classique ;, mais si Lip avait été seulement révolutionnaire au sens où j’ai essayé de le dire, il n’en serait pas non plus sorti grand-chose, si ce n’est des idées fumeuses. Or il en est sorti des choses, grâce à la rencontre de sages fous et de fous sages. "
Jean Raguenès